Après une période de fortes turbulences, la filière cotonnière burkinabée reprend du poil de la bête. Après avoir abandonné le coton OGM, elle met le cap sur de nouveau challenges, et notamment sur la transformation.

Au Burkina Faso, où l’économie repose essentiellement sur l’agriculture, le coton, deuxième produit d’exportation derrière l’or (depuis 2009) avec un chiffre d’affaires de 240 milliards de F CFA, contribue pour 35 % au PIB. Il fait vivre plus de 3,5 millions de personnes.

De la treizième place en Afrique en 1994, le Burkina Faso a su se hisser à la première place des pays producteurs de coton en 2005. Il est même devenu le troisième fournisseur de la Chine, derrière les États-Unis et l’Ouzbékistan.

Exportation mondiale

Traditionnellement, le coton burkinabé est exporté vers l’Asie du Sud-Est et le Moyen-Orient (62 %), l’Europe (17 %), l’Amérique (13 %) et l’Afrique ainsi que l’océan Indien. La Société des fibres textiles (Sofitex), Fasocoton et la société cotonnière du Gourma (Socoma) sont les trois opérateurs de la filière au Burkina. Les cotonculteurs sont actionnaires de la Sofitex à hauteur de 30 %, à Fasocoton (10 %) et à Socoma, dont le PCA est le richissime Lassiné Diawara, à 20 %.

Le Burkina a renoncé au coton transgénique en mars 2016. Ici, un champ de coton de variété conventionnelle au sud-ouest du pays. Photo : Tiego Tiemtoré

L’Union nationale des producteurs de coton (UNPC-B) et l’Association des sociétés cotonnières (Aprocop) forment l’Association interprofessionnelle du coton du Burkina Faso (AICB). Celle-ci se charge de fixer le prix du coton, en tenant compte du marché mondial. Le prix d’achat du coton graine est fixé annuellement avant les semis, de préférence en mars. Il est constitué d’un prix plancher, qui correspond au prix le plus élevé qui peut être payé aux producteurs, et d’un prix d’achat complémentaire (PAC) déterminé par l’AICB.

La production de coton au Burkina Faso a commencé à chuter de près de la moitié à partir de 2008. Pour éviter la faillite, la Sofitex avait même dû alléger ses charges et restructurer son capital (19 milliards de F CFA). La baisse de la production s’expliquait, entre autres, par le boycott de cette culture de rente, suite à des conflits liés au coton OGM. De nombreux paysans l’ont d’ailleurs abandonné au profit du coton biologique. En plus, des agriculteurs déplorent la cherté des intrants (engrais, pesticides), qui amenuisent leurs bénéfices.

50 milliards de CFA

Le coton a perdu la première place de produit d’exportation du Burkina au profit de l’or en 2009. Pour sauver la filière, l’État a apporté une caution de 50 milliards de F CFA auprès des banques afin de permettre à la Sofitex de disposer de ressources pour payer à temps le coton.

Apollinaire Compaoré, directeur de la Wendkuni Bank. Photo : Tiego Tiemtoré

Découragés par la baisse du prix, certains cotonculteurs avaient réduit ou abandonné la culture, notamment au profit de cultures céréalières.

Une campagne de boycott de la culture du coton dans certaines zones à l’ouest du pays avait paralysé le secteur. Heureusement, depuis, la sérénité est de retour. Ainsi, pour la campagne 2018-2019, le Gouvernement, en injectant 14 milliards de F CFA, a décidé de soutenir la filière après la contre-performance de la campagne précédente. L’AICB a annoncé un objectif de 836 000 tonnes, soit une hausse de 37 %. L’amélioration du rendement moyen au champ à 1 000 kg/ha permettra, selon elle, d’atteindre cet objectif. Pour motiver les producteurs, l’AICB a annoncé le prix d’achat du kilogramme de coton à 250 F CFA pour le premier choix, soit une hausse de 5 F CFA par rapport à la campagne précédente, et à 225 F CFA pour le deuxième choix.

Cheick Travally, directeur général d’Ecobank. Photo : Tiego Tiemtoré

L’AICB a également communiqué les prix de cession des intrants pour la campagne 2018-2019, qui ont été obtenus grâce à une subvention de l’ordre de 16,2 milliards de F CFA, dont 9,6 milliards de F CFA fournis par l’État.

Dans la perspective de restructuration de la filière recommandée par les institutions de Bretton Woods, la production d’engrais réduirait considérablement l’importation qui se chiffre à environ 6 milliards F CFA par an et provenant essentiellement d’Ukraine.

Wilfried Yaméogo, directeur général de la Sofitex. Photo : Tiego Tiemtoré

L’Union nationale des producteurs de coton et l’Aprocop ont suggéré à l’État de mettre l’accent sur la transformation du phosphate naturel, qui pourrait remplacer l’engrais composé (NPK) et l’urée, en travaillant notamment avec l’OCP. Devant la flambée des prix, cette option est envisagée par le Gouvernement. La piste la plus prometteuse est le gisement de phosphate de Kodjari, dont le potentiel est évalué à 65 millions de tonnes.

Des projets internationaux ou burkinabés
Avec des Chinois, des Indiens ou des Turcs : cap sur la transformation !

Bien que poids lourd africain du coton, le Burkina Faso transforme moins de 5 % de sa production. Face à ce paradoxe, « l’implantation d’unités de transformation permettrait de transformer la fibre produite localement et induirait des effets structurants sur l’ensemble de l’économie », explique-t-on au ministère burkinabé du Commerce.

Le chef de l’État, Roch Marc Christian Kaboré, a promis d’en faire un levier de son programme économique. « Le défi majeur du coton africain réside dans sa transformation sur place, dit-il. Pour ma part, je m’engage à soutenir toute initiative impliquant l’ensemble des acteurs de la chaîne du coton et visant sa transformation au Burkina Faso et partout en Afrique. »

Déjà, des initiatives de transformation, portées par des investisseurs internationaux, attendent d’être concrétisées. « L’expérience dans la transformation du coton est contenue dans deux tiroirs, à savoir, la transformation artisanale de la fibre avec plus de 100 000 tisserands à dominante féminine ; et la transformation industrielle avec à peine 2 % réservés à FILSAH, qui demeure la seule unité fonctionnelle après l’infortune de ses devancières », poursuit Wilfried Yaméogo, le directeur général de la Sofitex. Parmi les projets les plus avancés figurent ceux des groupes chinois Yuanda investment group, indien Jain Shawls et turc Ayka Textile.

Ayant repris en 2018, l’ex-Faso Fani de Koudougou, Jain Shawls, s’est engagé à construire une unité d’une capacité de transformation de 25 tonnes de coton par jour, y compris pour des tenues militaires. Il souhaite créer aussi une unité de trituration d’huile de coton, de sésame et d’arachide avec les tourteaux pour l’alimentation du bétail. 5 000 personnes encadrées par des techniciens indiens du textile devraient travailler dans cette unité.

Par ailleurs, le projet d’implantation du complexe industriel de transformation intégrée du coton est porté par Star Textile Burkina Faso S.A, fruit du partenariat entre l’État burkinabé et le groupe turque Ayka Textile. 85 % des ventes seront destinées au marché international, le reste au marché local et à la zone Cedeao. Ce projet va de la filature à la teinture, la découpe et la confection industrielle des vêtements prêts à porter.

Monsanto, Syngenta…
La parenthèse du transgénique

Malgré l’opposition de la société civile et de quelques universitaires, le Burkina Faso a été le premier pays ouest africain à avoir lancé, en 2003, une expérience de culture du coton transgénique. Après avoir ensemencé 8 500 hectares de coton OGM en 2008 et 115 000 hectares en 2009, soit un quart des superficies consacrées au coton, le pays a généralisé la culture à partir de 2010 – en collaboration avec les firmes Monsanto (États-Unis) et Syngenta (Suisse).

Selon les autorités burkinabées, les essais « concluants » et adaptés à trois variétés de semences burkinabées ont occasionné des hausses de 30 à 40 % de rendement à l’hectare, et des économies substantielles (38 500 F CFA) par hectare d’engrais et d’insecticides (les pesticides coûtent entre 20 et 30 milliards de F CFA par an). Le coton transgénique a donc été présenté, a priori, comme une alternative aux charges en intrants, évaluées à 30 milliards de F CFA par an, dont 10 milliards F CFA pour les pesticides.

Mais quelques années plus tard, le désenchantement a été réel et les autorités ont décidé de revenir au coton conventionnel, en rompant avec les firmes étrangères à l’origine de l’introduction du coton OGM. Les négociations ont permis d’aboutir, en 2016, à un accord avec Monsanto (les producteurs burkinabés réclamaient des compensations d’environ 48 milliards de F CFA).

Selon les termes du modus vivendi, les cotonculteurs burkinabés conservaient 75 % des redevances (11,3 milliards de F CFA), les 25 % restants (3,7 milliards de F CFA) revenant à Monsanto.

« Un mauvais accord valant toujours mieux qu’un mauvais procès, cet accord sur les divisions des redevances nous a permis de clore le dossier Monsanto et de nous tourner vers l’avenir », estime Wilfried Yaméogo, directeur général de la Sofitex.

Le pays a renoncé en mars 2016 à la culture du coton génétiquement modifié pour renouer avec le coton conventionnel. Ce retournement donne un regain d’intérêt au coton burkinabé, dont la qualité de la fibre est bien appréciée sur le marché international. Ainsi, la campagne 2016-2017 avait été placée sous le signe du retour à 100 % au coton conventionnel. Une première depuis 2009.

Les trois sites devant accueillir le complexe industriel sont situés à Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et Koudougou. Environ 11 000 emplois directs et plus de 50 000 emplois indirects devraient être créés.

Zoom
Une assurance pour les producteurs

La Sofitex a signé en mai 2018 une convention cadre sur l’assurance récolte coton avec PlaNetGuarantee, l’Union nationale des producteurs du coton du Burkina (UNPCB), des assureurs (Allianz, SUNU, SONAR, CORIS assurance) et des institutions bancaires (BOA-BF, Ecobank, Coris Bank et la Faitière des caisses populaires du Burkina).
La récolte est régulièrement frappée par les effets néfastes du changement climatique, entraînant de grandes pertes de revenus pour les producteurs. La démarche de la Sofitex vise à minimiser les risques. « Il s’agit d’indemniser les producteurs lorsqu’une baisse du rendement est constatée sur la production, explique Wilfried Yaméogo, DG de la Sofitex. Cela permet aux coopératives de rembourser leurs crédits, et aux producteurs d’avoir un revenu suffisant pour subvenir aux besoins de leurs familles. »

70 milliards de FCFA
Un soutien bancaire de taille

Le soutien du pool bancaire international (douze banques), dont le chef de file est la HSBC, a permis à la Sofitex de maintenir le cap. L’apport du pool était de près de 70 milliards de F CFA en 2018. Le premier financement a débuté en 1998 et se poursuit jusqu’à présent. Chaque année, depuis cette date, la société a recours à des prêts bancaires pour l’achat du coton graine aux producteurs, l’égrenage et le transport du produit vers les quinze usines d’égrenage, puis les ports d’embarquement de la Côte d’Ivoire, du Togo, du Bénin et du Ghana. La Sofitex, qui assure 85 % de la production cotonnière du pays, a ainsi bénéficié de plus de 950 milliards de F CFA depuis vingt ans.

Coton au Burkina
L’évolution de la production
2004 : 500 000 tonnes
2007 : 806 000 tonnes
2010 : 400 000 tonnes
2014 : 750 000 tonnes
2017 : 682 940 tonnes
2018 : 533 000 tonnes
2019 : objectif de 836 000 tonnes

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